Portrait de poulet : Kalicotte

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Petit matin frileux de novembre. Le monde est gris et brumeux, le jour vient de se lever.  Je contourne le poulailler pour poser à terre les écuelles qui contiennent du fromage râpé. En me penchant, je pose les yeux sur la vitre de la petite fenêtre qui sert de trappe. Un petit bec cogne à l’intérieur. Toc ! toc ! toc ! Une crête fripée s’agite. Toc ! toc ! toc !  « Dépêche-toi, Françoise ! Dépêche-toi ! C’est que j’ai une journée à vivre, moi ! Foi de Kalicotte ! Pas une minute à perdre ! Ouvre la porte ! »

Et c’est comme ça tous les matins. Kalicotte est pressée d’aller vivre sa journée. Kalicotte est pressée de vivre, tout simplement.

 

Un petit bout de poussin de rien du tout        

Quand elle est sortie de son œuf, après vingt et un jours de couveuse, c’était un tout petit bout de poussin de rien du tout. Toute petite mais déjà vive. Par contre, elle ne mangeait pas. Elle ne mangeait rien. Elle préférait sautiller deci delà dans son éleveuse. J’avais beau tapoter la terre cuite avec mon ongle : ça ne l’intéressait pas du tout. Jusqu’à ce qu’elle découvre les débris de gaines de plumes de son grand frère, Jolicoq, âgé d’un mois de plus qu’elle et qui laissait partout ces petits morceaux de lui-même ! Et ça, elle a adoré : de bonnes protéines, bien fraîches !!! Je trouvais ça peu ragoûtant mais au moins elle mangeait quelque chose et peu à peu, elle a étendu son registre gastronomique.

Une poussinette bien dans son époque

Elle a grandi à la maison, Kalicotte. Elle est née un 21 décembre. On ne met pas un petit bout de poussin dehors, en décembre, même avec une bonne lampe. Et la maison est devenue son domaine. Kalicotte a grandi comme toute jeune poulette moderne : avec l’informatique, la télévision, l’électroménager… Tout cela n’a aucun secret pour elle.

Kalicotte a un petit creux.

Kalicotte a un petit creux.

Si bien que quand il s’est agi de pondre son premier œuf, elle n’a pas hésité une seconde : elle a tout de suite pensé à s’installer entre l’imprimante et la DVDthèque. Elle y a consciencieusement couvé une multiprise avant que je lui confie de beaux œufs de chez Gaëlle.  Je l’ai installée dehors, dans un petit abri sécurisé un peu plus tard. Elle a sérieusement fait son boulot jusqu’à trois jours avant l’éclosion où elle a tout abandonné. Peut-être a-t-elle pensé qu’elle était trop jeune pour être mère, qu’elle voulait plutôt faire du shopping de vers de terre avec ses copines. Elle a été ravie que j’installe ses œufs dans la couveuse et que je me charge de l’élevage des poussins qu’elle avait si tendrement réchauffés pendant presque trois semaines.

Elle aime la technologie et la modernité, Kalicotte !

Kalicotte aime les couveuses qui libèrent la poule des contraintes de la maternité.

Kalicotte aime les couveuses qui libèrent la poule des contraintes de la maternité.

Après cet épisode, elle a décidé qu’elle pondrait ses jolis œufs verts derrière la Livebox.

Un oeuf vert derrière la Livebox.

Un œuf vert derrière la Livebox.

 

Kalicotte pond derrière la Livebox.

Kalicotte pond derrière la Livebox.

Ce qui fait que je dois me passer de mes programmes Orange parce qu’elle a définitivement arraché les câbles. Adieu, Game of Thrones !

Maintenant, elle est à la tête d’un mouvement anarchiste au sein du poulailler. Sa philosophie ? Je ponds n’importe où et j’m’en fous ! Ça fait un bon moment que je n’ai pas vu la couleur d’un de ses jolis œufs verts !

Une poulette entre le monde des humains et celui des poules

Pendant un bon moment, j’étais inquiète parce que je craignais qu’elle ne s’intègre pas bien, parmi les autres poules. Peut-être faisais-je un peu trop d’anthropomorphisme ! J’avais peur que les autres poules ne l’attaquent ou la rejettent. C’est vrai qu’elle a longtemps été solitaire mais c’était plus de son fait que de celui de ses compagnes. À la maison, avec moi, et avec son grand frère Jolicoq, elle n’avait pas vraiment appris comment se comporter dans un groupe de poules. Lorsqu’elle est sortie à l’extérieur, avec les premiers beaux jours, elle a dû s’y mettre de façon accélérée. Et en fin de compte, elle s’est plutôt bien débrouillée. Elle est parfaitement intégrée, les autres l’ont acceptée, elle participe aux rituels communs comme les bains de poussière, elle profite du soleil au milieu de ses compagnes.

Pendant longtemps, elle a dormi à la maison et cela a posé problème l’hiver, où je rentrais après la tombée de la nuit. Il m’est arrivé de la trouver recroquevillée devant la baie vitrée, dans l’obscurité, parce que les amis qui ferment le poulailler dans ces moments-là ne l’avaient pas trouvée.

Kalicotte

Kalicotte

Mais lorsque j’ai eu achevé la construction du grand poulailler, je l’y ai mise tout de suite pour qu’elle sache qu’il existait un endroit où elle pouvait se réfugier en attendant mon retour. Et bien, elle a A-DO-RÉ. Depuis, il n’a plus jamais été question de dormir à la maison. Elle a décidé d’elle-même que sa vie était au poulailler.

J’ai bien un peu tordu le nez, au début. C’est que je m’étais habituée à sa présence. Il y avait tous les rituels du soir et du matin. Il y avait ces moments de complicité où elle venait se blottir contre moi sur le canapé et me signifiait, par de petits coups de bec, qu’elle voulait que je la câline. Les moments où elle venait se coucher près de moi quand je travaillais. C’était un peu dur de ne plus avoir ma poulette, ma poussine qui courait se réfugier dans mes mains quand son grand frère la taquinait un peu trop, qui s’endormait sur mes genoux, qui attendait, impérieuse, que je partage mon yaourt, qui me donnait de petits coups de bec pour réclamer des câlins de barbillons…

Fini, tout ça…

Et en même temps, ça m’a réjouie. Cela voulait dire qu’elle était bien intégrée, qu’elle appréciait la compagnie de ses semblables, qu’elle n’avait plus peur de jouer la comédie de la hiérarchie du bec, qu’elle prenait pleinement sa place parmi les poules.

Il y a des périodes où je la vois à peine, où elle se comporte comme si nous n’avions jamais été aussi proches. Et parfois, je la vois sauter sur le seuil et entrer comme si de rien n’était. Elle va faire un tour dans la chambre. Vérifie-t-elle que rien n’a changé ? Et elle bondit sur le canapé et se blottit de nouveau contre moi en demandant des caresses. Je la soupçonne de vouloir me faire plaisir et de vouloir me faire comprendre : « Tu vois ? Je ne t’ai pas oubliée, tu comptes encore pour moi. » Et cela me fait vraiment plaisir.

Ai-je dit que je la trouve très jolie ? Elle a toujours été jolie, avec sa petite huppe qu’elle secoue coquettement et sa crête fripée qui lui donne un air canaille. Une vraie petite vedette. C’est un amour de poulette, ma Kalicotte.

La poule Kalicotte.


Cet article a été rédigé par Françoise Leygnac auteur des blogs Animal mon compagnon & La poule philosophe, que je vous invite (au passage) à découvrir sans plus tarder, car ce sont de très jolis textes 🙂

C’est donc elle qui s’exprime dans le « je » de ce texte.


 


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2 comments on “Portrait de poulet : Kalicotte

  1. oeufs poules & compagnie

    Très jolie portrait de Mademoiselle kalicotte! un plaisir de vous lire…

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