La poule, un animal social

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Amis lecteurs, en ces temps mouvementés entre les grèves, les burn-out et les réformes à tout va, vous vous dites sans doute qu’il vaudrait mieux se mettre au vert. Vous regardez les petites cocottes gambader dans la campagne et enviez soudain la vie de poule, bien loin de toutes ces préoccupations sociétales. Détrompez-vous ! Les gallinacés sont dotés de comportements sociaux complexes et élaborés. Leur vie obéit à des lois hiérarchiques, des jeux de pouvoir et de rivalités. 

La basse-cour est un univers impitoyable fait d’amour, de gloire et de beauté !

L’animal a longtemps été jugé sans émotion, sans intelligence, sans empathie, au même titre qu’un objet, à ceci près qu’on peut le consommer et qu’il peut servir à effectuer certaines tâches. Cette dévalorisation du règne animal est ancrée depuis des siècles dans les esprits et l’Homme a parfois du mal à s’en défaire. Il faut dire aussi qu’il lui est confortable de percevoir l’animal comme dénué de conscience quand celui-ci est destiné à être mangé ou exploité. C’est là une forme de déculpabilisation.

Heureusement les mentalités évoluent et l’intérêt scientifique grandit. De nombreuses universités à travers le monde étudient la psychologie et l’intelligence animale y compris chez les volailles. La recherche dans ce domaine est sérieuse, nous sommes bien loin d’un simple fantasme d’éleveurs sentimentaux.

Vie en groupe

Plus je me suis documentée sur la vie des gallinacés, plus l’analogie avec la vie d’un employé en entreprise m’a sauté aux yeux. La hiérarchie, les privilèges, les tensions, les intrigues et les manigances pour une augmentation ou un bureau mieux exposé.;)

La poule vit donc en groupe. Comme tout groupe, les volailles ont besoin d’un leader autour duquel se fédérer. À l’état sauvage, les groupes sont généralement composés de 20 à 25 individus femelles autour d’un mâle dominant. Si aucun coq n’est présent, une poule prendra naturellement la place de leader, c’est une logique instinctive que l’on rencontre chez la quasi-totalité des animaux grégaires et chez l’être humain par ailleurs.

À  l’intérieur d’un groupe, une véritable hiérarchie s’installe avec son chef et ses sous-chefs.

groupe de poules et coqs brahmas splash et bleu en vadrouille dans la nature

Grégaire par excellence, la poule se plait au sein d’un groupe.

On trouve ainsi des poules dominantes et des poules soumises. Pour établir les différentes classes sociales, de nombreux critères entrent en compte comme l’aspect physique (beauté du plumage, taille) mais aussi l’ancienneté. Une poule présente depuis plus longtemps dans le groupe aura eu le temps d’asseoir sa position et d’acquérir le respect et la loyauté de ses congénères. En revanche, une poule trop âgée et en moins bonne condition physique pourra se voir reléguée au rang de subalterne (c’est la mise au placard !).

Les poules dominantes possèdent de nombreux avantages : elles ont une priorité d’accès aux mangeoires, s’installent sur les lieux de ponte les plus confortables, sur les perchoirs les plus hauts etc. Certaines d’entre elles sont opportunistes et savent « se placer » en minaudant près du chef (un peu comme ma collègue Josiane). Ainsi vous remarquerez que certaines poules essaient de manger près du coq dans l’espoir d’obtenir un statut social plus favorable, ou simplement pour être tranquille.

Lors de la fondation d’un groupe ou de l’arrivée de nouveaux venus, la mise en place de la hiérarchie peut s’avérer cruelle. Il vaut mieux laisser faire tout en surveillant les débordements. Des attaques jusqu’au sang ou du cannibalisme doivent vous alerter. Il y a chez les gallinacés, ce qu’on appelle « la hiérarchie du bec ». Elles font leurs lois et établissent leur domination en s’infligeant des petits coups de bec sur la tête, le cou, parfois le cloaque ou s’arrachent quelques plumes. Je me demande d’ailleurs si les expressions « s’envoyer des piques » ou « prises de bec » ne viennent pas de là…

Poule prise en flagrant délit de picage jusqu'au sang, sur une congénère.

Poule prise en flagrant délit de picage sur une congénère.

Les poules ne sont pas censées s’infliger des blessures graves, cependant la vue du sang les excite. Certaines poules saignent légèrement du cloaque si la ponte a été difficile, ce qui peut donner envie aux autres de leur asséner des coups de bec ; c’est là, l’un des aspect du trouble comportemental que l’on nomme « piquage« .  De la même façon, une poule blessée pourra subir l’acharnement de ses camarades exacerbées par la présence de sang. Il convient alors d’isoler la malheureuse quelques temps puis de la réintroduire de préférence après le coucher du soleil, quand l’agitation et le stress de la journée sont passés (ce conseil vaut aussi pour l’introduction de nouveaux individus). Si une poule dominante se montre particulièrement agressive, vous pouvez aussi faire le choix de la mettre à l’écart quelques jours, cela suffira sûrement à lui faire perdre sa place de chef et calmera son tempérament (rétrogradation disciplinaire !).

Si vous constatez trop d’attaques violentes voire du cannibalisme, il y a peut-être des causes externes : un espace trop réduit, une nourriture insuffisante ou mal adaptée, un excès de parasites etc. Ce genre de bagarre est monnaie courante dans les élevages en batterie comme on l’a vu dans un précédent article. Enfin, en ce qui concerne les coqs, il est déconseillé d’introduire deux coqs dans un même groupe sous peine de combats féroces (à moins que votre groupe soit suffisamment important pour se scinder en deux ou que certaines précautions préalables soient prises, comme le font Gaëlle et JF à Brahmaland).

Intelligence sous-estimée

Les gallinacés ont toujours été dévalués sur le plan intellectuel, moqués et peu considérés. Qui n’a jamais entendu l’expression « avoir un QI de poule » pour désigner un simple d’esprit ? Or, l’intérêt accru pour la psychosociologie des volailles ces dernières années a révélé bien des surprises. De récentes études ont démontré que les poules posséderaient deux fois plus de neurones que les primates. « Ceci est une révolution ! » comme dirait l’inventeur de la célèbre marque à la pomme.

Les nombreuses expériences menées ont pu mettre en évidence des capacités insoupçonnées jusque-là, comme la faculté de se repérer dans le temps et l’espace, l’apprentissage par l’observation, l’imitation mais aussi l’expérience (et donc des processus de mémorisation. Voir à ce sujet la courte vidéo du coq Anka).

Le poussin semble acquérir très tôt des notions qu’un enfant humain met plusieurs années à concevoir comme l’arithmétique de base et la permanence des objets.

En effet, lorsqu’on déplace des objets sous leurs yeux derrière des panneaux opaques, la majorité des poussins se dirigent derrière le panneau où il y a le plus d’objets. D’autres expériences encore montrent que les poules sont sensibles à la récompense alimentaire et retiennent le comportement qu’elles doivent adopter pour continuer de l’obtenir.

Les volailles ont aussi des moyens de communication très élaborés. Outre une forme de langage par la position du corps et de la queue, elles disposent d’un panel d’environ une trentaine de sons différents. Il existe par exemple des cris d’alarme différents selon que le prédateur est aérien ou terrestre.

Comportements maternels

La poule est en règle générale très concernée par le bien-être et l’éducation de ses poussins (même s’il existe des exceptions).  

Elle éprouve de l’empathie pour ses petits et du stress face à leurs cris de détresse.

Les scientifiques ont en effet pu mesurer une élévation du rythme cardiaque dans ces moment-là. Lorsqu’elle couve, elle ne quitte le nid que pour se nourrir brièvement et reprend sa place le plus vite possible. La communication avec sa progéniture semble basée essentiellement sur les stimuli sonores.

poule et coq s'occupant à nourrir leurs 4 poussins

Certains coqs se révèlent d’excellents « papa poule » et prennent part à l’éducation des poussins également.

La poule semble dotée d’un système de reconnaissance vocale, elle est capable d’identifier les cris de ses poussins et inversement (ce qui leur permet de retrouver leur mère dans le noir ou s’ils se sont égarés dans le groupe). Le poussin est capable d’émettre des sons à travers sa coquille quelques temps avant l’éclosion et la poule lui répond. Le relation mère-enfant se créée donc déjà avant la naissance. Curieusement, ce lien très fort paraît rompu lorsque l’échange vocal n’est plus possible. Pierre Paul Grassé, un chercheur a placé un poussin sous une cloche de verre insonorisante. Le poussin poussait alors des cris de détresse que la poule ne pouvait percevoir. Bien que cette dernière visualisât son petit, elle y est restée totalement insensible. (=> retrouver les expériences de PP Grassé, dans son livre La Vie des Animaux)

Après la naissance, maman poule va s’occuper de l’éducation de ses rejetons soigneusement et leur apprendre toutes les bases, notamment comment se nourrir, se repérer, éviter les prédateurs etc. Après 12 à 16 semaines elle va spontanément les repousser pour les forcer vers l’autonomie et reprendre le cours de son existence. Ainsi va la vie !

Gaëlle à pu noter que certaines de ses poules (naines en général) opèrent un sevrage des poussins dès l’âge de 4-5 semaines, ce qui est particulièrement précoce, surtout si les poussins ne sont pas correctement plumés, car ils sont de ce fait, à peine autonomes thermiquement parlant.

Quelques expériences ont aussi démontré que la poule était capable de couver et d’élever les petits d’autres poules, d’autres races voire d’autres espèces (canard, oie). Il est très difficile de prévoir comment votre volaille va réagir face à des nouveaux-nés (qu’ils soient étrangers ou non). Son instinct maternel peut se déclencher tout comme elle peut avoir une réaction de rejet voire de défense. C’est un peu « au petit bonheur la chance » comme on dit chez nous.

« Il peut arriver que des poules soient incapables d’avoir des poussins, car elles vont les attaquer systématiquement au moment de l’éclosion. 🙁 On peut ré-éduquer certaines d’entre elles, lorsqu’il s’agit simplement d’une peur lors des premières éclosions ; pour d’autres (plus rares) cela semble irréversible, et elles deviennent même un danger pour les autres mamans et poussins voisins. » souligne Gaëlle, en s’appuyant sur l’observation de ses nombreuses couveuses naturelles !!

Les gallinacés représentent donc une espèce dont les ressources intellectuelles et émotionnelles ont trop longtemps été ignorées. Par confort, par mépris ou par préjugés. Les scientifiques quant à eux, ont pris pour habitude de mettre l’Homme sur un piédestal. Pendant un bon moment, seuls les chimpanzés étaient reconnus comme potentiellement intelligents. Pourquoi ? Parce qu’ils avaient simplement le privilège de nous ressembler. Voilà qui n’est pas très scientifique !

Encore aujourd’hui il est difficile pour la communauté d’admettre que la conscience n’est peut-être pas l’apanage de l’être humain !!

Avec les récentes découvertes, la question de la maltraitance et de l’élevage intensif est plus que jamais d’actualité. Si l’animal a une conscience, alors il est de notre devoir d’élever la nôtre.

poulet content

=> Vos poules vous ont-elles un jour surpris, fait rire ou pleurer ?
N’hésitez pas à poster en commentaire vos propres observations 😉

Cet article est rédigé par Camille Ozier, c’est donc elle qui s’exprime dans le « je » de ce texte 😉

Crédit photo : Photo by Hello I’m Nik on Unsplash


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2 comments on “La poule, un animal social

  1. lapoulephilosophe

    La surprise, le rire ou les larmes, c’est bien souvent avec les poules. Je me souviens avoir été très émue par la façon dont une poule accompagnait sa camarade en fin de vie, la manière dont elle était présente auprès d’elle, la délicatesse dont elle faisait preuve. Et j’ai eu le coeur serré devant le désarroi de cette même poule quand sa compagne à disparu.

    1. Gaëlle

      Les poules sont bien plus intéressantes à observer que certains humains !!! Ce sont de vrais professeurs au quotidien !! 🙂

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